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la Miviludes dénonce le Chamanisme en général, le Bwiti et l’Iboga en particulier

lundi 9 avril 2007, par Eric Marchal


On ne peut que se réjouir d’un rapport qui dénonce les risques de dérives sectaires ! .... à première vue...

Dans son dernier rapport (paru le 24 janvier 2007) la MIVILUDES [1] dénonce les risques de dérives sectaires dans le Chamanisme en général et dans le Bwiti (autour de l’Iboga) en particulier.

Pour replacer ce rapport dans son contexte, rappelons tout d’abord que le même rapport dénonce également les risques de dérive possible dans le milieu de la "formation professionnelle". Le précédant rapport montrait du doigt "les dérives sectaires dans le domaine de la santé au sens large, le risque de pénétration de l’appareil économique et l’infiltration du secteur porteur qu’est, en termes d’image, l’aide humanitaire."

Donc, pas de panique à première vue, si le chamanisme est cité dans ce rapport, c’est en bonne compagnie ! Et l’on ce dit que, dans le chamanisme comme ailleurs, s’il y a des dérives, des abus et des charlatans, la Miviludes va pouvoir les dénoncer et c’est tant mieux ! Le chamanisme n’étant pas une religion (Il n’a ni doctrine, ni dogme...), ce serait un comble qu’il tombe entre les mains de sectes

... un rapport contestable cependant !

A la lecture de ce rapport pourtant (voir document joint), on est rapidement très inquiet . Ce document est très partial et ne semble pas avoir la profondeur et la rigueur nécessaire à de tels sujets.

Nous vous invitons par exemple à lire en annexe du rapport, page 292, un exemple de signalement. Le rapport prend acte d’une lettre émanant de parents inquiets, comme une preuve à charge contre l’Iboga. Pour ma part, j’y vois un exemple d’initiation réussie, pour un jeune homme qui décide de prend sa vie en main ! Que des parents ou des amis inquiets soient entendus par la Miviludes, c’est bien ! Mais comment la Miviludes peut elle apporter un tel crédit à un témoignage isolé, sans tenir compte de la part de projections et de peurs des parents, sur des sujets dont ils ne connaissent rien ? Et surtout, pourquoi sont ils les seuls à être entendu par la Miviludes (pourquoi ne pas entendre les milliers de personnes initiées aussi, qui elles auraient apportées un tout autre son de cloche ? un poids, deux mesures !)

D’autres part, il n’y a pas véritablement de critères présentés dans ce rapports pour définir ce qu’est une secte. Déjà, le rapport parlementaire de 1995 sur les sectes reprenait les critères des Renseignements Généraux dont certains comme "discours plus ou moins antisocial, troubles à l’ordre public, démêlés judiciaires, détournement des circuits économiques traditionnels" peuvent s’appliquer à n’importe quelle organisation syndicale, politique, voire à certaines associations (clubs de foot par exemple). Les Systèmes d’Échanges Locaux -SELs- ne constituent-ils pas un détournement des circuits économiques traditionnels ?

Ainsi Janine Tavernier présidente de l’UNADFI [2]de 1993 à 2001 démissionne de son poste, reprochant à l’association d’être sortie de son rôle d’aide aux victimes des sectes pour s’engager dans une véritable chasse aux sorcières, et affirme plus tard : "En procédant ainsi, on a laissé supposer que tous les Nouveaux Mouvements Religieux étaient des sectes, ce qui n’est absolument pas le cas. Par manque de rigueur, on en est donc venu à confondre des groupes inoffensifs avec d’autres qui présentaient un réel danger et se livraient à du prosélytisme pour recruter de nouveaux adeptes. Ce flou, cette imprécision, font qu’aujourd’hui on est plongé dans la confusion la plus totale.

Les choses étant ce qu’elles sont, certains voient des sectes partout.
- Dans les statuts de cette entreprise, il y a le mot "holistique"... Attention ! ! !
- Cette personne prend des granules homéopathiques... Méfiance
- Ce professeur de Yoga parle de chakras... Danger !!!
- Ce psychologue certifié est spiritualiste... Prudence !!! etc. "

- source : Préface de l’ouvrage de Serge Toussaint, Sectes sur ordonnance

Attention donc, ce rapport ouvre la porte à de nombreuses dérives possibles ! voir par exemple le dernier en date : le quasi appel à la délation aux autorités de l’État de tout citoyen ayant des comportements "non-conformistes" : végétariens, méditants, lecteurs, voyageurs, utilisateurs de vitamines ou autres médecines douces

Dans cette immense four tout, la Miviludes va même jusqu’à cité un court extrait de l’article de Denis Duclos intitulé "De la manipulation mentale à la secte globale ?" paru dans le monde diplomatique, pour lui faire dire quasiment le contraire du propos de l’auteur (Très bon article si le sujet vous intéresse).

le rapport avec l’Iboga et le Bwiti

les faits : Le 18 juillet, un jeune homme meurt à la Voulte, lors d’une cure de désintoxication organisée par l’association Meyaya, où l’Iboga est utilisé pour ses propriétés anti-addictives. C’est très grave et infiniment regrettable ! Sans attendre les résultats de l’autopsie, les médias s’empressent de crier "au loup" et parle d’overdose d’Iboga. Ce qui n’a jamais été vu, et qui est même quasiment impossible d’après celui qui était le spécialiste français de la question, Robert GOUTAREL, Directeur de Recherche Honoraire au C.N.R.S. : « L’ibogaïne apparaît donc comme un alcaloïde peu toxique, en particulier par voie orale, avec un large éventail thérapeutique, allant de 10 à 50 mg, comme antidépresseur sur l’homme et, nous le verrons plus tard, de 300 mg à 1 g, en ce qui concerne l’action onirique, les doses toxiques étant voisines de celles de l’aspirine et de la quinine. » PHARMACODYNAMIE ET APPLICATIONS THERAPEUTIQUES DE L’IBOGA ET DE L’IBOGAINE. L’ibogaïne en psychothérapie et dans la lutte contre les pharmacodépendances aux stupéfiants

Il semble que ce soit le mélange de l’Iboga avec des drogues qui ait été fatal au jeune homme. On attend toujours que soit rendu public les résultats de l’autopsie.

Le 24 janvier 2007, paraît donc le rapport de la Miviludes, et 3 jours plus tard, le 27 Janvier, une trentaine de gendarmes débarquent à un séminaire de développement personnel Meyaya. Le parquet de Privas a ouvert une information judiciaire pour "homicide involontaire". Le couple qui organise les séminaires a été mis en examen, de même que deux assistants. Seule une personne a été incarcérée : Mallendi. C’est le nom de nganga de Herman Nzamba Boussougou, 26 ans. Il passera 41 jours à la maison d’arrêt de Valence, alors que ce "tradipraticien", agréé par le ministère de la santé au Gabon, assure, preuve à l’appui, qu’il n’était même pas présent sur le territoire au moment du stage de désintoxication fatal. Le juge fini donc par remettre Mallendi en liberté, mais ajoute l’accusation d’ "exercice illégal de la médecine". D’un coté c’est peut être un premier pas vers la reconnaissance des bienfaits possible de l’Iboga dans son usage traditionnel. D’un autre coté, c’est une vision discriminatoire et ethnocentriste de la médecine. cela revient à affirmer que le savoir ne peut venir que des bancs de l’université occidentale et non de la formation et de l’apprentissage (pendant 10 ou 15 ans) auprès de Ngangas qualifiés et reconnus, ou de "peuples premiers" comme les Pygmèes. Inversement au Gabon on n’accuse pas d’ "exercice illégal de pratiques médicales traditionnelles" les médecins occidentaux. Au Etats Unis par exemple la médecine traditionnelle est reconnue et les patients peuvent faire valoir leurs préférences.

Questions :

- pourquoi déplacer 30 gendarmes, pour un "coup de filet", quand on s’adresse à une association qui a pignon sur rue, et qu’il suffit de convoquer son président ? De tels "coups de filets" sont normalement réservés au grand banditisme ou au terrorisme. Pourquoi, si ce n’est pour faire un coup médiatique et ainsi manipuler l’opinion publique ? Cette affaire, toute proportion gardée, n’est pas sans rappeler l’affaire Jessica Lynch (voir « Mensonges d’Etat », par Ignacio Ramonet, Le Monde Diplomatique, juillet 2003. )
- pourquoi la Miviludes ne tient pas compte du rapport de la MILDT [3] sur "Les substances hallucinogènes et leurs usages thérapeutiques" (pages 27 à 30) et d’autres experts qui reconnaissent l’aide que peut apporter l’Iboga dans la lutte contre les addictions.
- pourquoi cet acharnement à vouloir interdire l’Iboga, et faire une secte du Bwiti ? Il y a entre 4000 et 9000 morts par an dans les hôpitaux français à cause des infections nosocomiales on ne ferme pas les hôpitaux pour autant. Toute la lumière doit être faite sur véritable drame de la Voulte. Toutes les précautions doivent être prise pour que cela ne se reproduise pas. Mais pourquoi une telle campagne de désinformation autour de l’Iboga, du Bwiti et du Chamanisme ?

Il est sûrement temps de dépassionner le débat, d’arrêter d’inventer des "boucs émissaires" et de crier au loup pour effrayer les Français. Grand temps d’étudier vraiment les apports possible de l’Iboga et de respecter, et d’étudier la culture où il est utilisé de façon intelligente : le Bwiti.

Stanislas Grof raconte qu’Humphry Osmond avait un jour employé la métaphore d’un couteau pour parler des plantes enthéogènes : C’est un outil puissant, qu’on ne peux pas juger indépendamment d’un contexte. "Un couteau ca peut tuer des gens alors c’est MAL, il faut interdire les couteaux" contre "oui mais les chirurgiens sauvent des vies grâce à leur scalpel, donc c’est BIEN".

DVD Iboga, les Hommes du Bois Sacré En guise de conclusion provisoire, écoutons ce que nous dit Jean-Marie PELT (Président de l’Institut Européen d’Ecologie, Professeur émérite de l’Université de Metz), dans le film "Iboga, les hommes du bois sacré" : "Nous avons pas mal appris des plantes. Nous avons su faire avec les plantes de bons médicaments dans un certain nombre de cas. Mais là,nous sommes en quelque sorte sur un os ! Et je crois que si nous sommes sur un os, c’est que nous n’avons pas la culture qu’il faut. C’est parce ce que nous avons une mentalité scientiste, réductionniste, cartésienne, assez étroite et pas assez synthétique... qui ne nous permet pas d’entendre le mystère des plantes de cet acabit, de cette force là. Et notre esprit apparaît subitement limité par rapport a ces états modifiés de conscience qui sont gérés par les Ngangas. Donc je crois que ceci nous appel à une certaine Humilité et doit stimuler notre curiosité. Et qu’il serait tout à fait souhaitable que nous travaillions étroitement avec ces gens qui ont cette expérience, avant qu’ils ne disparaissent. Et cette plante risque de disparaître en même temps."

- Eric Marchal,
- Président de l’association "les-Forges-de-Sylva"

Quelques liens pour continuer a se faire son opinion :
- la miviludes
- Savoirs d’Afrique
- Association e-Boga

Documents joints

Notes

[1] MIVILUDES : Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires

[2] UNADFI : Union Nationale des Associations pour la Défense des Familles et de l’Individu

[3] MILDT : Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et le Toxicomanie

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