chamanisme.fr

Accueil du site > COMPRENDRE > Généralités > Cérémonie d’ayahuasca en Amazonie péruvienne

.

Cérémonie d’ayahuasca en Amazonie péruvienne

Extrait de l’ouvrage "Le chaman qui téléphonait aux esprits. Une ethnologue en Amazonie" de Marie-Laure Schick

mardi 29 avril 2008, par Marie-Laure Schick

Cet extrait est tiré du prologue du "Chaman qui téléphonait aux esprits", un ouvrage qui raconte un voyage de l’auteure, ethnologue, qui se rend en Amazonie pour y faire une recherche sur le chamanisme local au contact de la modernité.

Couverture du "Chaman qui téléphonait aux esprits" La pluie tombe avec une telle violence qu’on ne voit plus rien devant soi. Elle finit par devenir fine, puis enfin cesse. Le jour cède rapidement sa place à la nuit. La forêt, grouillante de vie, semble s’éveiller. Alors que je marche sur un sentier étroit et de plus en plus sombre, j’entends une foule de bruits, des craquements de bois, des chants d’oiseaux, des coassements de grenouilles, et toutes sortes de sons dont je ne connais pas la provenance. J’essaie de suivre ces bruits du regard. Mais il m’est impossible de déceler quoi que ce soit.

Dans sa longue tunique blanche ornée de dessins aux couleurs vives, le chaman marche à une allure qui ne donne pas le temps de se laisser distraire par la vie que recèle la forêt amazonienne. Je tente de rester proche de lui, de peur de m’égarer. D’autres Blancs, ou gringos comme les locaux nous appellent, me suivent de près. Nous nous approchons d’une maison de cérémonie chamanique, simple toit de feuilles séchées sous lequel sont disposés des bancs et une table. Nous sommes entourés par une multitude d’arbres dont nous n’apercevons que les silhouettes, qui se découpent dans la nuit grâce à la lueur tamisée de la lune.

Le chaman nous demande de prendre place. Il se rend près d’une table où il allume une bougie. La lueur chancelante de la flamme éclaire soudain tout un attirail : des pierres, des bouteilles contenant du parfum ou encore une décoction de plantes hallucinogènes, l’ayahuasca, un instrument de feuilles séchées, la shacapa, d’énormes cigares appelés les mapachos, et d’autres objets que je n’arrive pas à identifier.

Il n’y a que le silence, les pas du chaman, sa respiration, et les bruits de la forêt. Nous sommes immobiles, dans l’attente. C’est alors que le chaman se met à siffler, doucement, puis allume un mapacho. Il souffle sur tous les objets qu’il va utiliser, y compris dans la bouteille d’ayahuasca. Il s’approche de chacun d’entre nous et souffle de la fumée de mapacho sur notre corps.

Tour à tour, les gringos, sauf moi, sont invités à boire la décoction de plantes. Comme c’est la première cérémonie à laquelle j’assiste, je préfère observer. Je vis tout de même l’anxiété des gringos, comme si j’étais à leur place. Une quantité minime d’ayahuasca suffit à induire des visions pendant plusieurs heures si l’on est réceptif à la plante, disent les chamans. Je me demande dans combien de temps ils seront partis dans l’autre monde. Mystère. Le chaman souffle sur la bougie, il fait nuit noire.

Le silence est remplacé par les chants mélodieux du chaman. Il chante, et chante encore en secouant sa shacapa. Les gringos ne donnent aucun signe de vie. Soudain, j’entends un mouvement brusque, puis un autre : l’ayahuasca fait son premier effet. Les gringos se purifient en régurgitant. Puis les chants reprennent le dessus, accompagnés de quelques gémissements de la part des néophytes qui voyagent déjà dans l’autre monde. Quant à moi, je savoure l’air chanté par le chaman et les sons de la forêt. J’aperçois des êtres imaginaires en scrutant les effets de lumière créés par la lueur de la lune. Je me sens parfaitement bien...

Marie-Laure Schick est ethnologue. Elle a vécu deux ans auprès des populations métisses et indigènes en Amazonie. Plus d’informations sur www.ml-schick.com

Répondre à cet article