7 années de relations intimes avec l’Amazonie : Rapport Yogash
Depuis 2004, Solen A.M.K. a réalisé de nombreux voyages de recherche en terres indigènes d’Amazonie :
En 2004 chez les Ashaninka, Brésil
En 2004 chez les Yawanawa, Brésil (Nova Esperança & Mutu)
En 2006 chez les Yawanawa, Brésil (Nova Esperança & Mutu)
En 2007 chez les Huni Kui, Brésil (Alto Mir)
En 2007 chez les Huni Kui, Brésil (Sao Joaquim)
En 2007 chez les Ashaninka, Brésil
En 2009 chez les Shuars, Equateur
En 2009 chez les Yawanawa, Brésil (Nova Esperança)
En 2009 chez les Puyanawa, Brésil
En 2010 chez les Yawanawa, Brésil (Nova Esperança & Mutu)
Ces voyages ont été réalisés dans le cadre des objectifs fondateurs de l’association Yogash créée officiellement par Solen en 2006, i.e. :
- 1. Connaître les traditions spirituelles de l’humanité
2. Soutenir leurs rayonnements culturels
3. Tisser des liens entre elles
Depuis 2006, les voyages ont été ouverts à la participation des membres de l’association :
Mauro G. F.
Marc C.
Naja R.
Suzanne L.
Edith O.
Elisa M.
Jean-Paul B.
Ricardo M.
Meherban S.
Bénédicte F.
Julie S.
Romulo P.
Sylvie E.
Antonio
Isabelle C.
Victoria
Fabiola M.
Marcio E.
April B.
Plus particulièrement, les voyages ont été articulés via la vision du Projet Miroir Amazone dont les différentes éditions ont été élaborées autour des thèmes suivants : - 1. La connaissance de soi au travers de l’expérience en milieu indigène : cette intention primordiale pour tous les participants garantissait une attitude d’écoute et d’observation ouvrant la porte à une expérience au maximum déconditionnée (respectueuse et impartiale) des savoir-vivre de nos hôtes. - 2. L’échange interculturel : cette deuxième direction donnée à nos missions en Amazonie a amené certains participants à enseigner le yoga, pratiquer des soins énergétiques, organiser des ateliers de pédagogie alternative pour les enfants, émettre des recommandations technologiques sur des problématiques structurelles mises en exergue par les tribus, etc. Face à ce partage des connaissances cherchant toujours à nourrir les communautés de manière complémentaire à l’essence indigène de leurs systèmes de connaissances - essence qui nous séduisait et que nous n’aurions pas voulu ébranler, les peuples ont souvent mieux pu entrevoir leur particularisme, leurs avantages comparatifs, leurs possibles qualités de service au monde et finalement leur universalité.
Ainsi nos missions ont-elles abouti aux résultats positifs suivants :
1. Un accès exceptionnel aux techniques de guérison des peuples d’Amazonie
Signalons entre autres les faits suivants :
Tous les participants ont été invités aux pratiques culturelles les plus communes entourant l’ingestion de la préparation Ayahuasca, l’inhalation de Tabac et la vaccination de la sécrétion de la grenouille Kambo (les peuples font usage de ces médecines en famille et société, en chantant, dansant, priant, réfléchissant, se remémorant leurs mythes et projetant leur futur)
En 2009, 6 participants ont été invités à des rituels thérapeutiques initiatiques (ingestion de Jenipap ou de Maïs fermenté dans le cadre de cérémonies personnalisées suivies de plusieurs semaines de diète)
En 2010, Solen a été invitée au rituel initiatique le plus sacré du peuple Yawanawa : l’ingestion de Muca accompagnée d’un ensemble de pratiques et de transmissions pédagogiques traditionnelles symbolise l’entrée dans le monde du chamanisme ancestral yawanawa
>A force de patience et de concentration, nous avons donc progressivement été introduits aux techniques de guérison les plus avancées des peuples rencontrés.
>Nous avons été témoins, chacun à sa manière (cf. rapports en ligne sur le site), que la nourriture holiste reçue avait été absente de nos chemins de vie antérieurs et qu’elle venait révéler et soigner un déséquilibre latent à différents niveaux de nos êtres.
2. L’aspiration des peuples à préserver et promouvoir leurs savoir-faire traditionnels
Avec les intentions du Projet Miroir Amazone, nous avons toujours cherché à interagir avec les peuples d’Amazonie d’une manière pédagogique pour tous. Les peuples nous ont dit plusieurs fois que nous les avions inspirés à se dévouer à leur reconstruction. il est difficile de dire quel a été notre réel impact mais nous pouvons noter que nos relations ont correspondu avec une période de reconstruction et valorisation des modes de vie traditionnels. Chez les Yawanawa par exemple, depuis 2004, voici certains des projets qui ont été élaborés :
Elaboration de 2 centres spirituels de formation, attrait des jeunes à reprendre les études traditionnelles, premières femmes se formant
Restauration des jardins médicinaux
Ouverture d’un chemin sacré menant à un lieu de pierres cérémonielles anciennes récemment re-découvertes
Re-construction de maisons traditionnelles dans les arbres et de temples de guérison
3. La curiosité des peuples à apprendre d’autres traditions de l’humanité
Depuis le début, les enfants nous accompagnent avec enthousiasme dans nos pratiques de yoga
Les chamanes reconnaissent en certains de nous un pouvoir qui vient d’ailleurs, des montagnes, des pierres ou des étoiles (ou bien voient-ils parfois des âmes parentes venant les aider à se mettre en contact avec l’extérieur)
Là encore, les échanges sont de plus en plus constructifs avec le temps… Voici quelques-unes des dernières questions posées par les indigènes, révélatrices de leur intérêt croissant pour les traditions orientales : Qui est le Bouddha ?, Les enfants peuvent-ils apprendre le yoga ?, Comment maîtriser l’énergie sexuelle ou se défaire des vices avec le yoga ?, D’après vous, pourquoi mourrons-nous ?
A souligner : Ces dernières années, certaines communautés indigènes ont développé des relations avec d’autres groupes, réalisant des expériences qui pourraient être considérées par les non initiés comme similaires aux nôtres, mais qui néanmoins ne le sont pas et que nous estimons dangereuses par rapport à l’objectif primordial de préservation de traditions humaines fragilisées par l’histoire. Ainsi souhaitons-nous souligner ici ces expériences parallèles pour nous en différencier :
Le tourisme a officiellement gagné son droit d’entrée en terres yawanawa (Nova Esperança) en 2010 ; s’il permettra à une certaine classe de voyageurs de goûter aux parfums de terres indigènes préservées, il ne garantira pas que les relations avec la communauté soient établies sur des bases saines (aucune clause n’est par exemple prévue pour limiter les relations intimes entre les touristes et les indigènes). La mécanisation de la mise en relation des touristes avec la communauté risquent de ternir les démonstrations culturelles pour en faire des présentations commerciales vidées de leurs qualités intrinsèques (les touristes n’auront d’ailleurs aucun accès aux plantes médicinales, lesquelles sont pourtant à la base des manifestations culturelles traditionnellement ; alors qu’en comprendront-ils et qu’en partageront-ils avec le monde ?). Enfin le tourisme alimentera, certes, la communauté d’une petite rémunération annuelle, mais à quelle fin celle-ci sera-t-elle utiliser ? Probablement sera-t-elle investie dans le développement de transports polluants, désenchantant les touristes à jamais insatiables.
Le Santo Daime (religion syncrétique brésilienne utilisant l’Ayahuasca au cours de pratiques d’invocations christiques) a séduit plusieurs peuples indigènes de l’Acre, Brésil : des Huni Kui ont intégré des églises daimistes, une pratique daimiste a intégré le festival de culture traditionnel yawanawa et une église produit son sacrement sur leurs terres. Ce dernier fait a récemment abouti à ce que les daimistes utilisent pour leur production les derniers pieds d’une espèce de liane servant à un type de préparation médicinale très spécial dans la tradition yawanawa. Ce cas de biopiraterie toléré par un administrateur indigène corrompu a attristé les chamanes les plus avancés qui voyaient en l’espèce médicinale en question une possibilité d’accès exceptionnel à une partie du patrimoine spirituel ancestral du peuple ; les chamanes ont de plus déclaré que les personnes qui utiliseraient la plante sans en respecter les pratiques accompagnant originellement son ingestion (diètes, chants) provoqueraient une déperdition de son pouvoir thérapeutique de manière inconditionnelle, c’est-à-dire même si les chamanes en retrouvaient l’accès à terme.
Le développement de ces tendances risquées pour la préservation des traditions indigènes a comme avantage de pointer le processus inéluctable de globalisation planétaire, lequel rend la notion de frontière tangible, posant ainsi la question de la place des médecines indigènes dans la légalisation internationale : s’il est si facile d’avoir accès aux plantes médicinales qui fondent la tradition identitaire de certains peuples qu’on ne peut renier, est-il sensé d’en interdire la consommation sur certains territoires dont les frontières sont si perméables ? Ne devons-nous pas, au contraire, chercher ensemble comment en sécuriser et accompagner l’accès, dans le respect des pratiques des peuples qui en sont les premiers gardiens ?
Le triple défi de la préservation, du rayonnement et de l’interaction avec d’autres traditions des pratiques médicinales d’Amazonie n’a pas fini d’intéresser Yogash. Les limites au travail expérimental mené au travers des missions Miroir Amazone sont néanmoins nombreuses pour en imaginer la continuité :
1. Coût des missions élevées pour les participants
2. Menaces du secteur touristique accusant Yogash d’exercer la profession de voyagiste
3. Incompatibilité légale pour l’intégration d’expériences thérapeutiques avec des plantes d’Amazonie non reconnues en France
Pour continuer leur mission, Yogash et ses membres devront insister sur les points suivants :
> Chercher des organismes partenaires pour l’organisation des expéditions (par intérêt financier et légal)
> Engager les membres de l’association dans des projets de recherche, de partage des connaissances et des rapports d’expérience plus élaborés pour encadrer leurs expériences
> Développer un espace d’échange universel spatial et/ou temporel (i.e. un événement) donnant la continuité aux expériences thérapeutiques, artistiques et spirituelles, en dehors des terres indigènes : en Europe ? en alliance avec une église daimiste ayant un statut légal ? en Inde en partenariat avec Auroville ? sur le modèle de l’événement brésilien Nova Terra (www.portalnovaterra.com) ? …
N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires et suggestions, le nouveau paradigme culturel à faire naître est une création collective ! info yogash org www.yogash.org