Se laisser toucher par l’invisible
Et si je pouvais devenir un arbre, me transformer en un animal, me laisser porter par le vent … S’il y avait vraiment des elfes, des petits lutins et si la forêt était magique, toute la nature animée… imaginez ! Les contes de fées, ce ne sont pas juste des histoires. Ce sont des rêves, c’est la vie dans une autre dimension. C’est au niveau du rêve que les choses se créent. C’est l’Univers qui rêve – et nous rêvons l’Univers…
Dans nos séminaires de chamanisme en Suisse romande (voir encadré), nous nous approchons de ces dimensions et nous les vivons dans ce qu’on appelle des états de conscience modifiés. L’état de conscience modifié nous permet de lâcher notre égo, de nous oublier, de devenir un esprit qui prend sa place parmi les autres esprits. Dans les forêts du Jura vaudois, nous communiquons avec les sapins, nous parlons avec les pierres… et peu à peu nous nous trouvons dans un espace magique qui nous remplit le cœur.
Les séminaires de deux à trois jours réunissent des gens de tous horizons. Dans un séminaire de base, une vingtaine de personnes se rencontrent pour apprendre des techniques chamaniques. Ils viennent de pays différents, ces hommes et ces femmes de tout âge. Quarante-huit heures plus tard, ils rentrent chez eux, transformés, reliés par un sentiment d’amitié que beaucoup d’entre eux n’ont pas ou peu connu auparavant.
Les techniques que nous apprenons à utiliser lors de ces cours nous aident, bien sûr. Mais la richesse que nous ramenons à la maison, ce ne sont pas les techniques. C’est ce contact mystique, invisible, que chaque personne vit, à sa façon, à travers les techniques présentées. En tant qu’animatrice des cours, j’ai peu de choses à dire. L’enseignement vient d’ailleurs, il nous prend, il nous touche profondément et il nous portera dans nos vies.
Dans la vision chamanique, tout est animé, tout a une vie, un esprit. C’est cet esprit qu’il faut contacter pour communiquer. Les enfants connaissent cela tout naturellement. Dans leurs livres d’images, les arbres ont un visage, les animaux parlent. On ne leur dit pas que cela n’existe pas. Mais plus tard, quand nous nous efforçons de devenir « raisonnables », nous nous interdisons de considérer l’invisible. Pourtant, il nous touche tous les jours : nous avons des intuitions, des émotions. Parfois, nous nous sentons bien, en harmonie avec notre entourage. A d’autres moments, nous avons l’impression que plus rien ne va.
L’harmonie se perd. Souvent, nous cherchons alors la cause de notre mal être dans notre passé. Cela peut être intéressant, mais à quoi bon ? Ce n’est pas la compréhension des choses qui nous guérit. Nous sommes en manque de force et c’est en retrouvant cette énergie que l’équilibre peut se réinstaller.
Dans d’autres cas de déséquilibre, il se trouve que nous portons avec nous des énergies qui ne nous appartiennent pas ; c’est en les libérant que l’ordre intérieur peut se refaire. Toutes les techniques chamaniques ont pour but de créer l’harmonie, l’équilibre. C’est tout.
Quel est alors le travail du chaman ? Il communique avec l’invisible, il enlève ce qui pèse, ce qui ne fait pas partie de la personne qui souffre, c’est ce qu’on appelle dans les pratiques chamaniques une « extraction ».
Le chaman cherche aussi à trouver l’énergie vitale de la personne. Quand nous passons des moments difficiles dans la vie, il arrive qu’une partie de nous, de notre âme, se réfugie dans la dimension du rêve pour rester saine et pour réintégrer le corps plus tard. Mais, parfois, une partie reste perdue et la personne concernée ressent des difficultés à continuer à bien vivre, elle est affaiblie, a perdu sa joie, « n’est plus la même » – comme on entend souvent les gens décrire cet état d’âme. Le chaman s’occupe alors de faire un « recouvrement d’âme », souvent après beaucoup d’années de souffrance de la personne. C’est peut-être la partie la plus belle dans le travail chamanique : pouvoir observer le retour de l’énergie de l’âme, ce qui permet à la personne de vivre des changements magnifiques et de retrouver un état de bien-être inattendu.
Le chaman est là pour permettre la rencontre avec l’invisible et c’est cette rencontre qui guérit, qui transforme.
Le chaman se trouve entre le monde visible et le monde invisible, il y devient le pont qui permet aux gens d’accéder à des forces insoupçonnées, illimités. Dans ce sens, il est aussi un spécialiste de la mort. Il accompagne les mourants, les personnes en deuil et les morts. Dans ce domaine, son travail me paraît particulièrement important. Peu de gens s’occupent des êtres qui sont partis, de leur âme qui souvent reste en partie attachée dans notre monde à nous. On appelle ce travail d’accompagnement des morts psychopompos, il peut aider les personnes en deuil, mais aussi rendre l’harmonie à des lieux qui semblent chargés de souvenirs pesants.
Comment devient-on chaman ? Dans les traditions autochtones, le chaman en devenir passe souvent par une initiation. Cette initiation peut se faire en traversant une grande souffrance, en frôlant la mort. Si la personne meurt, cela peut, dans la vision chamanique, constituer une forme de guérison. Si elle continue à vivre, sa vie se trouve modifiée et elle a la possibilité d’utiliser la force acquise dans l’épreuve pour le travail chamanique. Mais finalement, c’est la communauté qui désigne la personne comme chaman.
Dans notre vie occidentale, nous ne vivons plus vraiment en communauté. Chacun vit sa vie, sa souffrance. Chacun cherche son chaman – et il peut tout à fait le trouver en lui-même, dans l’harmonie avec la nature, dans ses rêves, remplis des richesses des mondes invisibles.
Il pourra ainsi lâcher ses peurs, son agressivité et retrouver sa confiance, sa force, son sourire – et sa joie de vivre.
Ulla Straessle
Fondée par Michael Harner, anthropologue de renommée internationale, la Foundation for Shamanic Studies (FSS) s’est donné une triple mission : étudier, enseigner et préserver le chamanisme. Elle dispense un enseignement rigoureux, sans références culturelles spécifiques et qui s’adresse donc à tout un chacun. Plus de 5000 personnes suivent chaque année les quelque 200 formations qu’elle organise en Amérique du nord, en Europe et en Amérique latine.
Michael Harner est reconnu comme un pionnier du chamanisme depuis le début des années 1960, époque à laquelle il décida de s’immerger dans les traditions spirituelles tribales plutôt que de restreindre ses recherches à des techniques plus académiques.
Depuis de longues années, Ulla Straessle est fascinée par le chamanisme. Elle a suivi toutes les formations de la FSS et elle rend régulièrement visite à des peuples autochtones chez qui le chamanisme est encore vivant, afin d’apprendre et d’échanger avec des chamans de cultures différentes. Elle est l’enseignante de la FSS responsable de donner les cours FSS en langue française en Europe. Le programme des cours peut être consulté sur le site www.chamanisme.ch . En dehors des cours, Ulla Straessle vous reçoit en consultation individuelle.