Des instruments enthéosoniques d’éveil de la conscience
mercredi 23 juillet 2008, par enthéosonique
Il y a de cela plusieurs millénaires, dans la partie centrale du Pérou, pré existait une connaissance du son. Dans cette région du monde, l’histoire de la création nous raconte que le Créateur Viracocha forma les humains avec de l’argile puis leur insuffla la vie.
Durant plus de 2’000 ans, les cultures précolombiennes ont produit des vases communicants faisant office de sifflets. Des instruments enthéosoniques qui produisent des sons aigus, des harmoniques et des vibrations subtiles facilitant l’accès à un domaine sensoriel unique, qui facilitent une expérience profonde et bénéfique d’expansion de la conscience.
Le mot « enthéosonique » est dérivé du terme « enthéogène », qui veut dire ce qui engendre (« -gen ») Dieu ou l’Esprit (« -theo ») à l’intérieur de soi. Il fut proposé par un groupe d’ethnobotanistes et d’érudits de la mythologie comprenant R. Gordon Wasson, Jonathan Ott, etc., pour évoquer « la libération ou l’expression d’un sentiment divin à l’intérieur de soi » [1].
Lors d’une session de sifflets, une fois les questions et la surprise dépassées, une certaine fluidité, un lâcher prise général s’installent ; le participant entre dans l’expérience… L’on pourrait dire que ce n’est plus nous qui sifflons et que c’est nous qui sommes sifflés… Une certaine profondeur se révèle par la modification de la conscience, par l’effet enthéogène qui se manifeste.
Il est à noter que celui-ci est variable, étant propre à la sensibilité et à la réceptivité de chacun. Il peut être utile de sacraliser ce temps d’ouverture dans le sens d’un respect à ce qui dépasse une compréhension linéaire, logique et intellectuelle. Une atmosphère protectrice et sûre dans laquelle chacun peut se détendre pour passer un moment agréable est souhaitable.
Les effets enthéogènes produits par les ondes sonores des sifflets se manifestent entre 3 à 5 minutes après avoir commencé à siffler et durent aussi longtemps que les sifflets sont joués. Ils sont accordés avec une extrême précision autour d’une fréquence spécifique. Les raisons et les circonstances exactes de leur utilisation restent pourtant mystérieuses, ne demeurant que des hypothèses ; les cultures précolombiennes ont délibérément préservé le secret de leur usage à l’arrivée des conquistadors espagnols.
Il est très difficile de traduire par des mots l’essence de cette expérience. Nous pourrions seulement dire que ces instruments induisent un état d’expansion de la conscience par le son. Lorsque l’on siffle, le moindre changement de pression de la quantité d’air soufflé produit des modifications très importantes dans la perception auditive de l’expérience de chacun.
Ils ont une hauteur de 18 cm, une longueur de 17 et une largeur de 12 cm. L’air est soufflé par leur tube postérieur, il passe dans la partie arrière du vase, ayant la forme d’un coquillage marin, pour se diriger vers la chambre de résonance sur laquelle est figurée une effigie frontale, symbolisant chacun des Quatre Eléments, du Feu, de la Terre, de l’Air, et de l’Eau.
Pour la science occidentale, les Eléments Primordiaux sont la symbolisation analogique des quatre premiers états de la matière, plasmatique, gazeux, liquide et solide. Les Eléments et leurs correspondances analogiques sont une manière traditionnelle de décrire, de comprendre et d’analyser le monde manifesté. Dans l’Hermétisme et l’Alchimie, Il existe un 5ème Elément qui est celui de l’Esprit ou « Ether » Akasha, que l’on nomme aussi « Quintessence ».
Selon cette vision traditionnelle et analogique, les Eléments se réfèrent à un système de correspondances ; ils sont ainsi toujours associés aux points cardinaux, aux couleurs, à différentes parties du corps, entre autres. C’est par l’équilibre et la transcendance de la manifestation des Eléments en Soi que l’Individu se découvre et se révèle à sa véritable nature, par le processus d’individuation de son Essence.
Le Son et son utilisation, son héritage culturel dans les religions et les traditions spirituelles est très significatif. Au coeur des traditions mystiques du monde entier, tout comme dans les écrits religieux conventionnels, il est la fondation du monde physique.
Transcender les manifestations grossières des Eléments en Soi, se diriger au-delà de la dualité du monde manifesté, c’est se libérer des tensions contradictoires, c’est faire l’expérience de l’Unité intime et Eternelle de tout ce qui existe.
Sur l’effigie frontale des sifflets, le Feu est symbolisé par une figurine joignant les mains, L’Eau par un poisson, la Terre par un lézard, et l’Air par un perroquet, un symbole du vol spirituel dans les cultures Andines. L’on appelle d’ailleurs le perroquet huacamaya en Quechua, l’ancienne langue Inca, qui signifie « gardien du sacré » [2].
Avec les sifflets péruviens, c’est essentiellement par le Son que la transcendance est facilitée. Son inhérente créativité et potentialité peut nous permettre de transcender les aspects les plus grossiers et matériels de notre manifestation au monde.
Selon la physique, le Son est une onde produite par la vibration de son support, l’air en l’occurrence. Le Son est une vibration ; et l’on peut dire que toute vibration est Son, pouvant être entendu par une conscience correctement positionnée, par rapport à sa source. Du Son et de cette vibration subtile naît la Lumière de l’Esprit et de la Connaissance.
Dans l’ancienne Cosmologie Musicale, l’on considérait l’entier du monde perceptible, du Son et de la Lumière, comme l’émanation d’une Réalité Métaphysique imperceptible. Rien n’est au hasard, tout est réglé et orchestré dans un univers fondé sur l’ordre sonore, mathématique et harmonique des choses.
En Inde et dans la Bible, il est dit que le Son est Principe Créateur, la source et la fin de toute manifestation. L’espace est ainsi rempli de cette réalité métaphysique qui a été nommée « Son Abstrait » ou « Son de l’Absolu ».
« OM » ou « AUM » par exemple, est le Pranava Mantra, « le Verbe de Dieu » et de la Création, le « Mouvement Originel » qui forma l’Univers de ses vibrations. C’est par la répétition de ce Son, qui peut parfois etre percu pendant que l’on siffle, que les illusions sont détruites dans l’esprit du yogi. Selon l’Atharva Veda et le Mandukya Upanishad, « AUM » représente les 3 états fondamentaux de la conscience, l’état de veille, de sommeil, et l’état qui est au-delà, de l’illumination de la conscience.
Dans un Terma [3], un « texte trésor Bouddhiste » qui remonterait au Guru Indien Padmasambhava [4], il est mentionné l’idée d’un « Rien Initial » au sein duquel une vibration énergétique se produit, un Son, qui fait naître la Lumière en perçant l’obscurité de l’Etat Initial. Une série d’actions et de réactions naissant de ce « Rien Initial » va produire le développement et le déploiement complet de la manifestation et de l’univers.
« Dans le chamanisme, l’utilisation des sons comme catalyseurs pour générer des états supérieurs de conscience est assez répandue » [5]. L’élément sonore est essentiel, tant dans l’invocation de réalités d’un autre ordre que comme évocations d’états d’être différents. Son et image sont intimement liés ; le Son invoque tandis que l’image évoque.
Jeremy Narby dans son livre « Le Serpent Cosmique » relate que les chamans racontent : « Ces visions que nous voyons, c’est de la lumière, et elles parlent un langage formé d’images tridimensionnelles sonores, et la manière de communiquer avec ces visions, c’est par le Son » [6]. L’expérience des sons produits par les sifflets est d’ailleurs assez proche de celle dont on peut parfois faire l’expérience lors des cérémonies de médecine, lorsque le curandero chante ses icaros.
Quelques évidences archéologiques, dont des poteries et tissages, témoignent de l’usage rituels d’enthéogènes végétaux par les cultures précolombiennes, comme le cactus San Pedro, qui est très répandu dans les Andes et sur la côte Pacifique du Pérou. Les sifflements et harmoniques produits par les sifflets potentialisent clairement l’ivresse induite par les enthéogènes végétaux, comme de toute visualisation et projection dirigée de la volonté, en lui fournissant une ligne directrice.
Le travail du chaman est conduit dans la sphère de l’imagination, qui est le point central du chamanisme. Cette faculté d’utilisation de sa capacité naturelle de vivre l’imagination s’appuie sur la reconnaissance sociale et communautaire de ses capacités à rétablir un ordre au sein du chaos. Dans nos sociétés modernes, l’imaginaire est souvent considéré comme une fonction psychologique dont on se passerait volontiers. S’il est pris en compte, l’on estime souvent qu’il n’est que fantaisie, la source de nos difficultés. Nous pouvons aisément mesurer l’influence de cette habileté sur notre comportement, nos attentes et nos espoirs. « En utilisant des souvenirs sensoriels ainsi que des abstractions et des symboles, le chaman passe en revue le flot d’images de son subconscient sans faire appel au pouvoir critique de la conscience ni aux repères de causalité, d’espace et de temps » [7].
Les récentes recherches en psychologie et en physiologie ont démontré empiriquement le rôle de l’imaginaire dans la construction de symptômes pathologiques et dans la guérison physiologique et psychologique. Jeanne Achterberg distingue deux manières dont l’imaginaire influence la santé, qui sont toutes deux représentées dans le travail chamanique. Il y ce qu’elle appelle les images préorales, agissant directement sur l’être physique, communicant avec les tissus, les organes, et même les cellules, pour opérer une transformation. « Le second type d’images curatives est transpersonnel [8]. Ce qui sous-entend que l’information est transmise de la conscience d’une seule personne au substrat physique des autres » [9].
Mais l’expérience des Vases Communicants Péruviens est somme toute une expérience très simple, naturelle, bénéfique et positive, une expérience inhabituelle et régénératrice. Si une expérience visionnaire se produit, elle peut être simplement contemplée, comprise comme le rétablissement d’un équilibre au sein de l’être humain, entre nos différentes dimensions.
De manière métaphorique, l’on pourrait dire que c’est comme devenir un vaste océan, balayé par un vent de sons, de sensations physiques et d’émotions, entrant, coulant et dérivant à travers votre corps pour ensuite vous quitter pour quelque chose d’autre. Mais ce n’est pas vraiment ça, ce n’est pas vraiment comme ça !
En fait, l’expérience des sifflets nous permet l’accès à un domaine de l’être que l’on peut définir comme étant un état de présence, une présence essentielle à ce qui Est. Ce domaine est au-delà de l’interprétation conceptuelle que l’on peut en avoir, c’est une expérience en-soi, et il est difficile de transmettre même une idée de ce qu’elle est, de communiquer la nature intime de ce vécu.
Pour en savoir plus : Denis Casarsa, Psychothérapeute-Hypnothérapeute.
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[1] « Wikipédia, l’Encyclopédie Libre » ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Enthéogène.
[2] Statnekov K. Daniel : http://www.peruvianwhistles.com/ ; « Ancient Sound : the Whistling Vessels of Peru » ; El Palacio Magazine ; 1979.
[3] Terma (Tib. gterm-ma) : « Texte trésor » enfoui il y a longtemps au milieu d’objets préçieux et retrouvé par un être réalisé, le tertön (Tib. gter-ston), alors que le temps était propice.
[4] Padmasambhava, « Celui-qui-est-né-du-Lotus », personnage historique et mythologique. Grand adepte tantrique du Tibet appelé au secours de l’abbé et philosophe Shantarakshita, en 770 après J.-C., pour soumettre des esprits locaux en leur faisant jurer de protéger et de servir le Dharma.
[5] « Anthologie du Chamanisme, Vers une conscience élargie de la réalité » ; textes réunis par Shirley Nicholson ; Ed. Le Maïl ; 1991.
[6] Le Site de Terre Sacrée : http://terresacree.org/ayahuasca.htm et Jeremy Narby : « Le Serpent Cosmique » ; Ed. Georg, 1995.
[7] Achterberg Jeanne : « Imagery in Healing, Shamanism and Modern Medicine » ; Ed. Shambala ; 1985.
[8] « Wikipédia, l’Encyclopédie Libre » ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Transpersonnel.
[9] Achterberg Jeanne : « Imagery in Healing, Shamanism and Modern Medicine » ; Ed. Shambala ; 1985.