lundi 29 juin 2009, par Sylvanie Bourjas
François Demange (1) pourrait être une très bonne étude de cas pour les psychologues qui s’intéressent au concept de résilience. Parisien, ancien cadre dans la communication, François tombe dans la toxicomanie et frôle la mort de très près. Il est maintenant guérisseur et parcours le monde pour présider des cérémonies de médecine traditionnelle amazonienne. Dans son dernier livre Boris Cyrulnik (2) compare ce processus qui permet aux individus de dépasser leur blessure à « l’art de naviguer dans les torrents » et il ajoute « la résilience n’est donc pas du tout un récit de réussite, c’est l’histoire de la bagarre d’un enfant poussé vers la mort qui invente une stratégie de retour à la vie. C’est plus proche du western que d’une success story ». Pour François le retour à la vie se passera dans la jungle péruvienne. Entre western et success story, le parcours de François est dans tous les sens du terme extraordinaire.
La descente aux enfers commence avec l’entrée dans la vie active. Après des études de lettres à la Sorbonne François entame une carrière de cadre dans le marketing et la communication. Cependant, attiré depuis son adolescence par tout ce qui touche aux spiritualités orientales, au mysticisme, au chamanisme ainsi qu’aux voyages et à la découverte d’autres cultures, il se sent en décalage, tiraillé entre les attentes du milieu de la bourgeoisie provinciale dont il vient et ses aspirations profondes. Sa recherche personnelle dérape alors dans la toxicomanie. Celle-ci s’aggrave lorsqu’il part travailler en Colombie. Son mariage se brise. Seul face à lui-même, il s’enfonce toujours plus dans la drogue qui l’entraîne vers une inexorable destruction de soi. Plusieurs fois il manque d’y laisser sa peau jusqu’au jour où il frôle la mort de très près, trop près. Survient alors la prise de conscience. De cette expérience extrême, il retiendra une chose : il faut que sa vie corresponde vraiment à ses désirs et à ses rêves. Cet évènement déclencheur lui permettra de faire le pas : alors qu’il avait toujours considéré comme impensable de se réaliser dans la voie du soin et du chamanisme, il prend la décision de suivre cet appel intérieur qui le travaille depuis l’adolescence. Maintenant il jette un regard apaisé sur ce passé douloureux : « Quelque part c’est drôle c’est comme si la médecine traditionnelle attendait que je passe par cette autodestruction et que je laisse mon passé derrière moi pour repartir de rien. »
C’est alors que tout s’enchaîne : ‘comme par enchantement’ il tombe sur un article qui avait été écrit sur l’ayahuasca (3) et le centre Takiwasi du docteur Jacques Mabit (4) ; il laisse tout ce qu’il a derrière lui et part au Pérou en bus depuis la Colombie. C’est ainsi qu’après un travail personnel et une cure de désintoxication, il laisse aussi la toxicomanie derrière lui pour aller se former aux médecines traditionnelles. « J’avais l’intime conviction que j’étais sur la bonne voie. » Sur place il suit une initiation avec des guérisseurs locaux. Il entame aussi un traitement au centre Takiwasi car étant donné son passé de toxicomane, l’équipe de thérapeutes voulait être vraiment sûre que son projet de travail avec les plantes s’inscrive bien dans une optique de développement personnel.
Lors des cérémonies c’est la révélation : il comprend qu’il a une connexion particulière avec ce type de soin et il décide de se lancer dans la voie de l’apprentissage. Celui-ci se déroule de façon assez incroyable avec Guillermo Arévalo (5), un des plus grands chamanes du peuple indigène shipibo-conibo (6). Avide de connaissances, il se forme aussi auprès de guérisseurs d’autres communautés indigènes (lamista, aguaruna..). Petit à petit, il abandonne le centre Takiwasi et la vision de la guérison de Jacques Mabit qu’il juge « trop verticale et trop judéo-chrétienne ». Il lui préfère une approche indigène pure pour aller vers ces hommes qui détiennent un savoir ancestral immense. Il décide alors de s’investir dans un apprentissage avec des indiens et cette préparation dure toujours depuis douze ans ! Après six, sept années de diètes, d’ascèses, de travail en cérémonie et de prise d’ayahuasca, il commence à travailler sur des patients. Il apprend à lire et à diagnostiquer les maladies, à voir les différentes énergies en cérémonie et petit à petit il grandit dans ce milieu. Mais on n’apprend pas à devenir chamane comme on apprend un métier ordinaire. Pour apprendre il lui faudra souvent « désapprendre ». Par exemple, lors des voyages en état de conscience modifiée il est fréquent que surgissent des visions liées à des esprits du monde spirituel traditionnel amazonien. Pour celui qui est né et éduqué dans un inconscient collectif judéo-chrétien, il est très difficile de ne pas faire une association inconsciente entre ces esprits et quelque chose de maléfique. C’est une des difficultés qu’a rencontrée François : pour comprendre les esprits et établir un type de communication avec eux, il a du se défaire de sa vision binaire du bien et du mal. « J’ai du abandonner mes peurs. »
Aujourd’hui François parcourt le monde pour organiser des cérémonies là où la législation le permet (7). Il a beaucoup de patients aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, en Espagne mais aussi en France et en Belgique. Il vient de finir une maîtrise d’anthropologie sur les chants traditionnels utilisés dans les cérémonies chamaniques (8) pour essayer de mettre à profit son expérience de terrain. Il s’investit aussi dans des projets d’entre aide pour des communautés indigènes et il est tellement sollicité pour des ateliers qu’il a du ajourner ses études de doctorat à l’université de San Francisco. Soutenu et admiré par sa famille, connu et respecté dans le milieu indigène et père attentif au bien être de ses trois enfants François a trouvé son ancrage dans la vie. « Je suis dans la vie, le spirituel et le concret ! »
A quoi m’attendais-je en allant interviewer François Demange, l’apprenti de Guillermo Arevalo, le chamane shipibo mondialement connu ? A vrai dire je pensais discuter médecines douces et voyages psychédéliques autour d’une bonne tasse de tisane bio-équitable avec un vieil hippy aux cheveux longs coiffé d’un bonnet péruvien. Première surprise : le lieu de rendez-vous. L’hôtel Bedford près de la place de la Madeleine à Paris. Rien que ça. A croire que les chamanes ne connaissent pas la crise… Et dans un hall blindé d’hommes d’affaires accrochés à leur blackberry la deuxième surprise : François, un beau gosse d’au moins 1m90, environ la quarantaine, les cheveux noirs, courts, gominés et plaqués en arrière avec de grands yeux bleus qui semblent lire dans vos pensées… C’est vrai qu’il en impose l’apprenti sorcier ! Bon il avait quand même quelques pendentifs en forme d’animaux un peu bizarres… histoire qu’on le prenne tout de même pas pour un homme d’affaires comme les autres.
Q : Je suis assez impressionnée car c’est la première fois que je rencontre un ‘apprenti chamane’. Comment as-tu choisi cette voie ? Déjà je voudrais dire que le mot « chamane » me fais toujours un peu tiquer c’est le mot à la mode en ce moment alors qu’il est employé hors contexte. « Chamane » est le mot utilisé par un peuple de Mongolie, les tongouses (9) pour parler de leur guérisseur. Mircea Eliade (10) en parle largement dans son livre très bien documenté sur le chamanisme. En Amazonie on parle plus de guérisseur (curandero), de sorcier (brujo) et dans le cadre de la médecine traditionnelle amazonienne on parle d’« ayahuasquero » c’est-à-dire une personne qui travaille avec l’ayahuasca, un psychotrope qui met dans des états de conscience non ordinaire. Pendant ses voyages, le guérisseur apprend à lire les visions, diagnostiquer les patients et c’est à travers des chants, que l’on appelle les « icaros » qu’il amène le soin en créant un niveau énergétique favorable qui aide à la transformation des maladies.
Q : Quelles sont les motivations de tes patients ? Les gens viennent souvent pour expérimenter et connaître l’utilisation des plantes maîtresses et de l’ayahuasca. Beaucoup viennent aussi pour résoudre des problèmes particuliers, que ce soit des problèmes de dépressions, des problèmes émotionnels ou psychiques ou pour des problèmes de maladies plus graves comme le cancer. Ils veulent trouver des alternatives de soins que l’on ne trouve pas dans la médecine moderne.
Q : Donc cette médecine traditionnelle permet de soigner à la fois l’âme et le corps ? Disons que c’est une approche plus holistique, c’est-à-dire où tout est intégré : la partie émotionnelle, spirituelle et la partie physiologique. Cela présuppose que tout est lié : si on tombe malade spirituellement cela a une répercussion sur le corps et vice versa. Ce qui est très frustrant quand on aborde le sujet de la médecine traditionnelle amazonienne c’est qu’on n’entend parler que de l’ayahuasca ou des plantes psychotropes. Or l’utilisation des états de conscience non ordinaires à des fins thérapeutiques ne sont qu’un aspect de cette médecine. Il y a aussi tout un savoir botanique d’une précision qui étonne les chimistes occidentaux : un chamane sait comment préparer des remèdes, comment utiliser les plantes, dans quel cas elles peuvent être utilisées en bain ou en baume ou en infusion, décoction etc… D’ailleurs, il ne faut pas oublier que beaucoup de médicaments que l’on trouve dans la pharmacopée moderne viennent de remèdes utilisés par la médecine traditionnelle (11). Cependant cette médecine nécessite plus de temps, elle demande aussi certaines restrictions alimentaires pour que le corps puisse assimiler les plantes.
Après il est vrai aussi qu’il y a toute une connaissance très intéressante de l’utilisation des psychotropes. Pour l’état émotionnel et psychologique des occidentaux ça peut être un peu compliqué. L’utilisation de psychotropes induit un état émotif qui parfois nécessite un accompagnement, un suivi psychologique pour que les personnes puissent comprendre et intégrer ce type d’expériences assez étrangères à leur culture. Ce ne sont pas des pratiques à prendre à la légère de manière récréative.
Q : Est-ce que tu peux nous donner justement quelques exemples de plantes qui ont un pouvoir curatif et qui sont utilisées en Amazonie. Oh la la, la liste est longue ! Il y a plein de plantes ! Il y a des plantes par exemple pour les problèmes de rhumatismes comme le Chuchuhuasi (Maytenus krukovii), l’Ajosacha (Pseudocaymma alliaceum), ou l’Anamu (Petiviera alliacea). Il y a aussi des plantes utilisées pour soigner des problèmes de cancer comme le Jergon sacha (Dracontium longpipes), l’Una de gato (griffe de chat - Uncaria tomentosa) ou le Sangre de grado (Croton draconoides) (12). Cependant, ce sont des informations à donner avec toujours beaucoup de précaution, je dirais que la médecine amazonienne ne soigne pas tout et n’importe quoi, n’importe comment. Il faut toujours évaluer à quel point la maladie est avancée chez le patient ce qui peut être fait, combien de temps le patient est prêt à s’impliquer. A partir de là on ne donne pas une prescription avec des breuvages à ingérer comme ça dans sa vie quotidienne. Il y a tout un système de soins, de méditation, et toute une alimentation spécifique sans sel ni sucre ni matière grasse à mettre en place pour pouvoir avoir le bénéfice des plantes.
Q : Est-ce que tu dirais que notre médecine occidentale est complémentaire de la médecine traditionnelle ou bien que ce sont deux pratiques opposées voire contradictoires qui présupposent une vision de l’homme complètement différente ? Je pense que la médecine moderne est complètement extraordinaire et c’est clair que ce qu’on arrive à faire avec la technologie n’est pas possible avec la médecine traditionnelle : le maniement du laser pour les problèmes de vue, les opérations à cœur ouvert etc… Cependant je pense qu’aujourd’hui il y a malheureusement une espèce d’éloignement du patient dans un cadre totalement aseptisé où les données pathologiques sont seulement analysées d’un point de vue physiologique et médical sans prendre en compte l’aspect humain. En fait je crois que ces médecines sont tout à fait complémentaires : la médecine traditionnelle chamanique arrive à ouvrir des possibilités thérapeutiques que ne peut même pas entrevoir la médecine occidentale et vice versa.
Q : J’aurais aimé te faire réagir au sujet du dernier livre du journaliste écrivain Marc Menant (13) dont le titre est assez évocateur « La médecine nous tue ». C’est un pamphlet contre la médecine occidentale et ses dogmes comme la croyance en l’efficacité des vaccins, le mépris pour la diététique et le sport comme médecine préventive… En voici un petit extrait : « Le service de santé anglais déclare que le nombre de patients ‘tués sur ordonnance’ a augmenté de 500% en 10 ans ! Quant à l’OMS, elle dévoile que selon les pays, les médicaments figurent entre la quatrième et sixième cause de mortalité. Eh oui la médecine nous tue ! Pourtant elle resplendit toujours, vénérable institution, par le prodige d’une propagande qui retire à l’individu la responsabilité de sa santé, l’infantilise et le place sous la terreur des maladies. »J Je suis assez d’accord, il y a quelque part une position bornée très agaçante dans le tout pouvoir des médecins qui pensent donner la vérité absolue sur les maladies des patients. Nous avons des formations sur le terrain avec des guérisseurs qui utilisent un vrai savoir traditionnel utilisé depuis des siècles et quand on essaie de le partager avec un médecin, nous sommes immédiatement catalogués comme des gens qui sont totalement à côté de la plaque. La formation scientifique occidentale fait loi et il n’y a aucune ouverture d’esprit, c’est vraiment dommage. Je ne dis pas que c’est le cas généralisé, il y a des médecins, des psychologues ou des psychiatres (14) qui voient dans la médecine traditionnelle des alternatives intéressantes. Maintenant on sait très bien qu’il y a aussi un véritable business derrière la production des médicaments et malheureusement très peu d’éducation à ce niveau là. Plus on vend de médicaments plus ça rapporte aux laboratoires pharmaceutiques !
Q : Si j’ai bien compris dans la médecine traditionnelle la nature est habitée et le chamane peut rentrer en communication avec le monde des esprits. En tant qu’occidental, comment intègres-tu cette vision de la nature ? Déjà chez nous dans le monde occidental on avait une relation beaucoup plus proche avec la nature durant les siècles passés, qui a été chassée par la christianisation de l’Europe. Le développement industriel a aussi accéléré la disparition de la nature à l’état sauvage. La forêt amazonienne a encore ce côté très sauvage, naturel, primitif. Pour l’homme amazonien, la forêt fait partie de sa famille, il n’y a pas de dissociation. On retrouve ce concept dans toutes les cultures traditionnelles indigènes que ce soit chez les amérindiens ou les indiens dakota, lakota (15) ou les indiens des grandes plaines. Il y a un grand respect pour la nature et une interaction constante avec elle grâce à des prières ou des chants. Cela se voit particulièrement dans la médecine traditionnelle amazonienne où le concept le plus important est celui des plantes maîtresses. Ce sont des plantes médicinales qui se différencient des autres car selon les indigènes elles ont un esprit ou un bon génie avec lesquelles on peut communiquer à travers certaines ascèses, certaines visions et certaines mélodies. En ‘diétant’ ces plantes qui ne sont pas forcément des plantes psychotropes on peut apprendre à connaître leurs propriétés et établir une communication avec elles. C’est sûr, par rapport à une approche cartésienne ça surprend mais en Amazonie c’est quelque chose de normal et de naturel. Cette vision du monde existait d’ailleurs chez nous avec nos anciennes sorcières qui ont été bannies et massacrées par l’église.
Q : Comment se transmet ce savoir traditionnel ? Quelle relation ‘pédagogique’ as-tu avec Guillermo ? L’apprentissage est très long, il se fait par couche ou par étape. Mon maître Guillermo est une personne très ouverte. Le premier contact que j’ai eu avec lui c’est fait à Takiwasi où il travaillait à l’époque. Il venait soigner des patients et aider le corps thérapeutique à apprendre certaines techniques. Lorsque j’ai vu comment il travaillait en cérémonie, j’ai tout de suite compris que c’était quelqu’un de solide qui connaissait à fond cette médecine. Guillermo a derrière lui une vraie tradition familiale. La première approche s’est bien passée mais il y a beaucoup d’épreuves sur le chemin soit en cérémonies d’ayahuasca soit pendant les diètes d’apprentissage. La confiance s’établit avec le temps. Je connais Guillermo depuis douze ans maintenant et il est devenu un ami proche. Je suis très fier qu’il puisse maintenant compter sur moi en cérémonie : il me demande de faire du travail pour des patients et pour lui même. Je l’ai aussi beaucoup aidé pour monter sa clinique lorsqu’il s’est déplacé de Pucallpa à Iquitos, j’ai acheté le terrain voisin et ça a crée encore plus de liens entre nous. En ce qui concerne l’enseignement proprement dit ce n’est pas comme aller en classe où l’on nous dit ‘fais comme ci fais comme ça’ ou A + B = C. C’est un enseignement très subtil qui se transmet essentiellement à travers le chant en cérémonie d’ayahuasca, pour nous aider à visualiser les énergies. Il y a aussi un enseignement un peu comme chez nous pour transmettre les connaissance pratiques quant à l’utilisation des plantes : comment on les prépare, comment on les reconnaît en forêt… C’est très dommage que les jeunes indigènes ne veulent plus faire ce travail d’apprentissage, qui est quand même long et difficile. Ils préfèrent aller en ville et avoir accès à la télé et à la vie moderne.
Q : J’ai vu sur le site de l’association de Corine Arnould « paroles de nature » (16) que certains chamanes ont choisi de créer « des jardins du savoir » afin de protéger leur milieu naturel et d’acheter des hectares de forêt pour empêcher la déforestation et ainsi sauvegarder leur identité culturelle. Ces lieux créent des liens entre la culture locale traditionnelle et notre culturelle occidentale en accueillant des occidentaux. Qu’en penses-tu ? Je pense que c’est très bien mais il ne faut pas se leurrer : 30 hectares c’est minuscule comparé à l’impact de l’utilisation de la forêt ! Sa destruction est beaucoup plus rapide que ce type de protection locale qui est très bénéfique tant sur le plan environnemental que culturel et sociétal. Il y a en effet un vrai désir de la part d’occidentaux de venir en Amazonie expérimenter ce type de cérémonies et il y a différents endroits dans la région d’Iquitos et de Pucallpa qui offrent ce type de soin. Tous sont plus ou moins bien après il faut trouver les gens qui ont une vraie formation car un certain tourisme de l’ayahuasca (17) se développe entraînant des abus et des manipulations émotionnelles. Il faut être très prudent et bien se renseigner si on veut aller sur place expérimenter ce genre de médecine. La mentalité amazonienne est très accueillante mais certains savent très bien profiter des occidentaux car c’est un moyen rapide de se faire de l’argent facile. Il y a aussi un autre aspect sur lequel je voudrais insister : beaucoup d’occidentaux pensent devenir chamanes avec une formation en trois mois donnée par des guérisseurs complaisants. Quand ils reviennent en Europe ils offrent des ateliers sans avoir une vraie formation, ce qui peut avoir des effets catastrophiques. Il faut savoir que pour se plonger dans ce milieu il est nécessaire de passer au moins une bonne dizaine d’années sur place à faire des diètes, des cérémonies pour ensuite pouvoir tenir la route et offrir un travail qui en vaille la peine.
Propos recueillis par Sylvanie Bourjas.
(1) François Demange qui publie sous son nom de guérisseur : Metsa, De l’ombre à la lumière, Un toxicomane devenu chamane, à paraître chez Mama Editions à la rentrée 2009.
(2) Boris Cyrulnik, Autobiographie d’un épouvantail, Broché – 2008.
(3) L’ayahuasca (en quechua ‘la liane des morts’ ou ‘la liane des âmes’) est un breuvage à base d’infusion d’écorce de la liane ayahuasca et de feuilles de chacruna. Il a des vertus purgatives et hallucinogènes grâce à la présence d’alcaloïdes comme l’harmine (THH) et la diméthyltryptamine (DMT).
(4) Le centre Takiwasi est un centre de réhabilitation pour les toxicomanes qui a été crée en 1992 par le médecin français Jacques Mabit à Tarapoto en haute Amazonie péruvienne. Son objectif principal est la revalorisation des ressources humaines et naturelles des médecines traditionnelles et l’élaboration d’une véritable alternative thérapeutique face aux toxicomanies. Centre Takiwasi
(5) Guillermo Arévalo Valéra dit « Kestembetsa » est peut-être le chamane le plus connu au monde. C’est lui qui est filmé dans le documentaire de Jan Kounen ‘Other worlds’ et c’est lui qui joue dans ‘Blueberry’ (du même réalisateur). Admiré et redouté pour sa grande maîtrise de la médecine traditionnelle shipibo, il est aussi très critiqué pour en avoir fait un business lucratif. En effet, à la tête d’une entreprise d’une vingtaine de personnes, il gère un centre thérapeutique dans la région d’Iquitos qui reçoit beaucoup d’occidentaux. Guillermo Arévalo a publié en espagnol « Medicina indigena : las plantas medicinales y su beneficio en la salud » qui relate et inventorie les connaissances en ethnobotanique des indiens Shipibo.
(6) Les communautés shipibo-conibo vivent le long des rives de l’Ucayali près de Contamana, Pucallpa, Cumancay, Iparia… Ils sont reconnus au sein même des communautés indigènes pour leur grand savoir en botanique et en chamanisme.
(7) L’ayahuasca est interdite en France depuis 2005 mais elle est légale en Belgique et dépénalisée aux USA.
(8) Voir la page distance learning et ‘independent studies’ : University of East London
(9) Voir : F. Huxlet, J. Narby, Chamanes au fil du temps, Albin Michel - 2002 et Jeremy Narby, Le serpent cosmique, l’ADN et les origines du savoir, Terra Magna, Georg Editeur – 1995 (p21).
(10) Mircea Eliade, Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase – 1951. Historien des religions, Mircea Eliade propose une tentative de synthèse mondiale sur le chamanisme qui fait le pont entre différentes pratiques « primitives ». Il fut critiqué par des anthropologues comme Delaby, Amayon et Jean-Pierre Chaumeil pour son « mysticisme latent » et pour avoir sorti certains symboles de leur contexte socio-culturel.
(11) Le curare utilisé depuis des siècles par les peules indigènes de l’Amazonie pour paralyser leurs proies, est utilisé de nos jours en médecine moderne dans tous les anesthésiants. C’est l’exemple le plus cité quand on parle du pillage génétique orchestré par les grands laboratoires pharmaceutiques.
(12) Romuald Leterrier, Les plantes psychotropes et la conscience, Editions Alphée - 2008
(13) Marc Menant a animé sur Europe 1 entre 1997 et 2008 une émission consacrée aux médecines douces "Label vie". Marc Menant, La médecine nous tue, éditions du Rocher -2008
(14) Voir en France le travail de la psychanalyste-psychothérapeute, Martine Gercault et celui du docteur en psychologie, psychanalyse et hypnoanalyse Djohar Si Ahmed avec ses livres comme Comment penser le paranormal, Psychanalyse des champs limites de la psyché, (L’Harmattan – 2006) et Parapsychologie et Psychanalyse (Dunod – 1990) et son Institut des Champs Limites de la Psychée, (ICLP). Stan Grof reste par ailleurs une référence mondiale dans le milieu de la psychiatrie avec ses livres comme Ancient Wisdom And Modern Science (1984) et When The Impossible Happens : Adventures In Non-Ordinary Reality (2006)
(15) Tribus indiennes d’Amérique du Nord, parmi lesquelles les Cheyennes et les Sioux.
(16) Paroles de nature
(17) Voir L’envoyé spécial diffusé sur France 2 le 17 juillet 2008 intitulé « Tourisme chamanique »