Par Apassia
article parut dans "Soleil levant" Août 2006.
Histoire d’archives I
Les anciens avaient bien compris que la Terre n’est pas faite que de matière et qu’elle porte en elle bien des énergies qui sont autant de dimensions, de mondes qui permettent aux forces de vie multiples et diverses de vivre, de voyager, d’échanger. Il fût un temps bien lointain où l’homme faisait partie de cet ensemble et vivait en conscience à sa juste place, communiquant couramment avec les esprits. L’utilisation de ses pouvoirs étaient claire, au service de la communauté multidimensionnelle de vie, et son ouverture d’esprit lui permettait de Voir les races variées et multiples d’esprits qui peuplaient la terre en toute sérénité. Il était alors le témoin, le passeur de toutes choses, de quelque nature que ce soit. Cependant dans la fluidité de ce canal traversé par un fourmillement de vie, une information revenait sans cesse, une voix retenait son attention suffisamment pour qu’il en oublie progressivement toutes les dimensions qui le traversaient et il se mit à créer sa première croyance.
« Tu existes » disait la voix sans cesse. De cette croyance naquit l’identité qui le plongea dans une quête sans fin, jour après jour, vie après vie pour se prouver la nature de son existence. La poussière du temps usa sa mémoire et nourrit peu à peu son ignorance. De ses pouvoirs mal utilisés il finit par se nourrir de ses peurs, accélérant son état de séparation aux mondes et à son propre espace, reléguant en légendes ce passé originel. Le regard intérieur s’éteignit, le cœur se figea, le monde des apparences nourri de ses croyances prit le relais, et de cette mémoire perdue naquit son étrange obsession du culte de la matière, toujours pour se prouver qu’il existe. Depuis l’homme ne vit plus, il survit…..
Les chamans.
Par delà le temps certains hommes ont réussi à perpétuer, grâce à [l’esprit de la communauté, avec souvent beaucoup de courage, la mémoire de ces temps anciens. Ils ont bien des noms, mais en occident on les appelle des chamans. Un mot à l’origine utilisé en Sibérie par le peuple Toungouse (çaman qui peut se traduire par sauter, jouer).
Dans de nombreuses communautés à travers le monde, personne ne décidait d’être chaman, ce sont surtout les esprits qui désignaient la personne ayant les qualités requises. Par peur, certains résistaient ou refusaient cette responsabilité. On raconte de nombreuses histoires de personnes tombant malade de plus en plus gravement ou ayant des revers de fortune jusqu’à ce qu’elles acceptent d’être formées en tant que chamane. Ce travail d’apprentissage était parfois très long et demandait beaucoup d’endurance. Des purifications multiples et diverses en passant par l’élimination toujours plus profonde de ses peurs lui donnaient accès à un monde de connaissance toujours plus subtil grâce à ses esprits protecteurs. Ceux ci pouvaient être des esprits de la nature qui se matérialisaient sous la forme de pierres, de plantes ou d’animaux. Par ailleurs, le monde des rêves était aussi une source de connaissance précieuse qui pouvait lui donner des indications quand à la marche à suivre face à certaines situations.
Il pouvait aussi communiquer avec les esprits par le biais d’instruments sacrés (tambour, guimbarde, flûte…). Ces esprits lui enseignaient aussi ses propres chants de pouvoir, lui permettant d’être toujours plus efficace dans son action. L’ingestion de plantes sacrées (plantes enthéogènes ) était aussi couramment pratiquée favorisant purification et rencontre avec soi même. La danse pouvait aussi être utilisée révélant les nombreux enseignements de la vie dans la profondeur de son mouvement et favorisant la communion du rythme avec Mère Terre .
Avec tous ses attributs de pouvoir le chaman avait alors pour fonction de veiller à ce que règne la bonne harmonie dans la communauté, et opérait des guérisons quand c’était nécessaire. Il pouvait agir aussi en tant que protecteur et était l’intermédiaire entre le monde des hommes et le monde des esprit.
On retrouve une constance à travers le monde chamanique, celle d’entrer dans des états modifiés de conscience et ce grâce au tambour, à la danse ou à l’utilisation de plantes sacrées. Depuis la nuit des temps les hommes avaient compris intuitivement l’importance d’explorer les profondeurs de leur être et l’aide extraordinaire que pouvaient apporter ces états modifiés de conscience, aussi, progressivement, ils avaient mis au point tout un cheminement, un mode opératoire qui évitait bien des égarements sur cette voie sans limite et pleine d’embûches. A travers le monde chaque communauté avait ses propres pratiques y compris en Europe où l’utilisation des plantes sacrées étaient courante et faisait l’objet de rituels souvent très élaborés pratiqués autant individuellement qu’en groupes. La plupart de ces cérémonies étaient structurées autour de grands archétypes universelles comme le culte de la grande Mère par exemple. Il existait alors toute une préparation passant par la purification du corps ainsi qu’un travail de centrage intérieur, favorisant une communion maximum avec ces plantes, dans un respect total de celles-ci ; car elles étaient considérées comme de grandes plantes enseignantes. Les officiants évoquaient leurs noms de pouvoir pour favoriser cette rencontre et chaque plantes avait sa propre représentation animale, que le participant pouvait parfois rencontrer au cours de son extase. L’inquisition signa la fin tragique de ces voyageurs de l’âme en massacrant ces hommes et ces femmes et maudissant ces plantes. La mémoire nous en est restée et nous avons souvent un réflexe de méfiance et de danger face à ces dernières, rencontrées au détour du chemin et qualifiées de toxiques. Afin de pouvoir perpétuer ces connaissances dans la plus grande discrétion une des voies de l’alchimie fût mise en place par certains hommes de façon très voilée. Un enseignement progressif menait le voyageur dans le respect des étapes de sa propre transmutation au Grand-Œuvre et à son mystère.
Retour du chamanisme en Occident
Actuellement, la mauvaise utilisation des plantes sacrées (enthéogènes) comme drogue se révèle souvent destructrice et déstructurante. Elles est pourtant souvent une tentative maladroite et inconsciente de retrouver un espace plus grand, une relation plus juste avec soi-même. Des résultats négatifs ne se sont pas fait attendre. On peut par exemple citer la tabac qui est une plante sacrée pour de nombreuses communautés amérindiennes. Pour elles, c’est une plante de pouvoir à utiliser avec respect qui nourrit et enseigne celui qui à l’attitude et l’écoute juste. En occident, sa vulgarisation avec l’aide des grandes firmes industrielles qui ne se sont pas gênées pour rajouter excipients et produits chimiques pour mieux nourrir les dépendances, en ont fait un produit dégradé qui détruit. C’est le seul produit à notre connaissance qui se vend en affirmant sur l’emballage qu’il tue….
Depuis quelques temps, de nombreux chamans du monde entier viennent en occident partager avec souvent beaucoup de cœur et de simplicité leurs expériences pratiques. Ces gardiens de la terre par leurs enseignements généreux et variés nous laissent un message d’amour et d’espoir, nous invitant à revenir à une conscience plus grande de la diversité des énergies et des mondes que porte en elle, dans son unité, Mère Terre. Cela passe par la reconnaissance que tous les êtres, nous compris, sont dépositaires de potentiels créateurs uniques. Grâce à ce partage, de plus en plus de personnes ont perçu qu’il n’était pas nécessaire de prendre à l’autre bout du monde, ce que l’on a perdu chez nous. Nous avons, avec l’attitude juste, la possibilité de retrouver nos propres plantes sacrées et de reconnecter avec les esprits qui nous entourent, sans idéalisation mais avec simplicité et respect. Cependant il est recommandé la plus grande prudence quant à la cueillette et l’absorption de certaines plantes sacrées qui requièrent l’accompagnement d’une personne compétente ayant déjà pratiqué. Il n’existe pas à proprement parler d’école de formation de chamane, c’est plus un travail individuel qui permettra au pratiquant sincère de rencontrer, grâce aux esprits, les bonnes personnes au bon moment, qui lui feront comprendre si il a ou pas la vocation. De plus en plus de groupes se réunissent la nuit en occident pour pratiquer des cérémonies. Dans ces réunions on retrouve les bases d’un chamanisme universel qui s’exprime autour de quelques supports fondateurs. Certains appellent ces réunions, des cercles. Le Cercle invite chaque participant à retrouver sa place dans cet ensemble dont il fait partie. Quand le Cercle devient actif, il représente l’unité du groupe. Chacun est assis à même le sol, dans un contact direct avec la terre, où tous deviennent des enfants de la Mère Terre également aimés par elle. Dans beaucoup de cérémonies un feu central brûle représentant le feu éternel qui brûle en nous, feu de vie, feu de purification. Ce feu est associé au soleil qui nous invite à contempler notre soleil intérieur. Ensemble chacun des participants associe son chemin à un rayon du soleil. Tous différents et pourtant allant tous dans la même direction. Le rituel peut alors s’opérer dans la rencontre du sacré, avec ces variantes multiples, utilisations d’encens, de plantes, tambours, invocations des esprits, danses, enseignements, partages etc.….. Chaque cercle à sa propre personnalité.
La réapparition du chamanisme pratiqué par les occidentaux est qualifié par certains de néo chamanisme. La plupart des traditions spirituelles actuelles reposent sur les fondations d’anciens courants chamaniques. Le christianisme n’échappe pas à la règle en reprenant souvent à son compte bien des lieux sacrés anciens et en modulant bien des fêtes d’hommage à la nature et aux astres. Ce retour vers une pratique plus enracinée coïncide avec la nécessité d’une communion toujours plus subtil avec la Mère Terre, qui nous renvoie vers une ouverture d’Esprit toujours plus grande avec Père Ciel. C’est bien là, dans le travail de l’axe, imagé par l’arbre Cosmique des anciens, que la rencontre en conscience avec soi même peut s’opérer. Retrouver la mémoire de notre propre héritage actuel passe par une redéfinition de notre rapport à la nature et de ce que l’on fait sur cette terre qui nous accueille. Sommes nous là pour produire ou simplement pour vivre ?
Histoire d’archives II
Dans la longue perte de ses pouvoirs, l’homme garda dans les replis de son inconscient une soif de compensation et mis tout en œuvre………pour compenser et posséder !
Et c’est ainsi qu‘il matérialisa avec fierté des inventions multiples et variées qu’il enroba du doux nom de progrès alors qu’elles n’étaient qu’un lointain écho de ses propres pouvoirs créateurs. En parallèle il s’appliqua à recréer artificiellement ce que Mère Terre donnait à tous avec générosité afin d‘en faire profiter un plus petit nombre. Ces inventions l’éloignèrent tellement de sa propre nature, qu’il en oublia même de vivre, occupé qu’il était à normaliser tout cela. Beaucoup de peuples à travers le monde en payèrent et en paient encore le prix de leur vie et de leur mémoire. La matière première du progrès, …heu.. pardon…..de ces inventions modernes ne doit souffrir d’aucune résistance car il faut produire ! aussi, on pilla allègrement les ressources de ces peuples, dévastant la nature qui les faisait vivre et les mettant en situation de pauvreté.
Pour normaliser cet état de fait, on mis en place un code du monde par le biais de l’information et de la publicité. L’impact de cette dernière à travers le monde est si puissant qu‘il a cristallisé chez beaucoup la conception d‘un monde féerique fait de nombreuses dépendances et dont la conscience en souffrance ne pouvait qu’être docile et passive. Afin que les hommes soient encore plus dociles et perdent un peu plus de leur conscience, certains se sont attelé à manipuler la mémoire de la nature. De ces êtres clonés et manipulés réapparu une ancienne race d’esprit en résonance avec l’obscurité inconsciente de l’homme, mémoire passée d’un sphinx en perdition dont les hommes dans leur globalité furent emportés...
L’Esprit de Vie associé à la Terre dans sa conscience transcendante a réuni toutes les forces de la nature pour statuer sur le devenir de l’homme, son avenir passerait par le passage vers un autre cycle.
A suivre…